L’impact de la religion, des traditions et de l’histoire dans nos représentations culturelles

Les 16 et 17 février 2018, j'ai eu l'honneur et le plaisir de suivre une leçon de Michel Sauquet, professeur et Maître de Conférences (Sciences Po, Dauphine, Langues O, ENA, École Centrale, PontsParistech et EMLyon), sur l'intelligence interculturelle dans le cadre du Master en Management Interculturel de Dauphine.

Michel Sauquet a une longue expérience dans le domaine de l'interculturel, notamment dans l'environnement des ONG. Dans son livre "L'intelligence interculturelle", destiné à tous ceux qui vivent ou travaillent en contexte interculturel, il nous plonge dans la diversité des univers géo-culturels et socio-professionnels et nous offre un éclairage sur nos propres fonctionnements.

L'analyse touche à beaucoup d'aspects de notre vie quotidienne. A une époque où le fait religieux revient en force à la une de l'actualité, j'ai choisi ici de me concentrer sur l'impact de la religion, des traditions et de l'histoire sur nos représentations culturelles, en apportant mes connaissances personnelles et, parfois, en donnant mon avis sur les théories exposées ou les conclusions tirées. Mes commentaires portent plus particulièrement sur l’Italie, mon pays d’origine, la France, où j’habite, et le Moyen Orient, où j’ai participé à quelques projets dans le monde du transport.

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Le rapport au sacré

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Sacré, religion, spiritualité, croyances… de quoi parlons-nous ?

Avant d'aborder le sujet religieux, il convient d'apporter quelques éléments de terminologie. Plusieurs nuances sont subjacentes au terme « religion » :

  • Une religion a comme pré-requis la notion de foi en une ou plusieurs divinités. Les grandes religions aujourd’hui reconnues comme telles sont le Christianisme (avec toutes ses branches : le Catholicisme Apostolique Romain ou Grec Orthodoxe, toutes les formes de Protestantisme : l’Anglicanisme, le Calvinisme, le Puritanisme, sans oublier les Témoins de Jéhovah, l’Église de l’Avènement et du 7ème Jour, tous les ordres monastiques comme les Jésuites, les Franciscains, les Dominicains et les divers ordres féminins…), fondé autour de la figure du « Christ » (reconnu en tant que « fils de Dieu »), le Judaïsme, qui se fonde sur l’Ancien Testament et qui ne reconnaît dans le « Christ » qu'un prophète et non pas le « fils de Dieu », l’Hindouisme et l’Islam (avec toutes ses branches). Normalement elles sont définies comme « religions révélées », c’est-à-dire qu’elles partent de l’assomption où il n’y a qu’une seule Vérité. Il y a débat, à mon avis, sur le Bouddhisme et les autres cultes orientaux où il n’existe pas une véritable divinité.
  • Une spiritualité se fonde sur l’existence d’une dimension qui transcende le corps : s’il n’y a pas de véritable divinité, il y a la recherche d’un sens, d’un ordre des choses, d’une énergie ou d'une « force » universelle qui lie tous les êtres vivants. Plusieurs personnages historiques (Siddhârta ou le « Bouddha », Confucius, Lao-Tseu …) ont contribué à ces réflexions en donnant des « méthodes » ou des « éthiques de vie » pour atteindre l'harmonie avec la nature et les autres êtres « sensibles », le Bonheur ou la Vérité ou la Sagesse (…), d’où les « philosophies orientales » (le Bouddhisme avec ses branches : Tantrique, Tibétain, « Grand » et « Petit Parcours » …, le Taoïsme …) ont tiré leurs origines. Le culte des ancêtres occupe pareillement une place importante dans certaines cultures (le Shintoïsme ou l’Animisme au Japon, voire le Voodoo au Caraïbes). Ce filon, je rajoute, fait l’objet de beaucoup de littérature, qui oscille entre la légende (les druides, la magie …), la science (Scientology ou Damanhur, en Italie) et le fantasy (« Avatar », « Star Wars »).
  • La croyance : personnellement, je ne vois pas beaucoup de différence entre les croyances et les spiritualités, en réalité. Il s’agit peut-être de particularismes qui vont se sur-positionner à des cultes déjà plus « encadrés ».
  • Les cosmogonies sont des explications sur l’origine du monde : le Chaos ou l’œuf de serpent (il y en d’autres) dans la mythologie grecque ou la création de l’Univers en 7 jours dans la religion. Normalement, chaque religion « révélée » a sa cosmogonie, je me demande s’il existe encore des cosmogonies « indépendantes » d’une religion, mises à part les religions « mortes » (hélas…) comme la mythologie grecque, de Ebla ou de la Mésopotamie.

D. Bouzar exprime que « ce sont les individus qui déterminent la compréhension de leur religion à partir de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent », ce qui pourrait sous-entendre que l’on ne rencontre jamais la « vraie religion », mais ses différentes interprétations. Je partage partiellement cette pensée, pour 2 raisons :

  1. Aucune religion n'est restée telle quelle au cours des siècles : il suffit de regarder comment le Christianisme s’est détaché du Judaïsme sur une interprétation douteuse de la parole de Jésus à Pierre (« Sur toi je fonderai mon église » = famille), là où le mandat était de faire évoluer la religion déjà existante (Jésus était un Juif de Galilée). Sans parler des diverses traductions de la Bible et des Évangiles (12, en réalité, dont 2 dits « apocryphes ») jusqu’au Concile de Nicée, qui a donné naissance à une Bible complètement revue en fonction des exigences politiques de l’Empire Romain et de la Papauté de l’époque, qui se battaient contre les courants hérétiques et avaient besoin de faire disparaître des passages d'interprétation douteuse.
  2. Il est vrai que nous avons certainement perdu le sens originel de nos religions, mais quel sens y a-t-il à parler du vrai Christianisme alors qu’il n’y a plus personne qui le pratique (et depuis longtemps) ? Pour moi, c’est aussi les personnes qui font la religion : si aujourd’hui les catholiques adoptent certains postulats de la religion d’origine, voire d’autres (les dogmes et la notion d’enfer remontent au Moyen Age), il faut peut-être déduire que c’est cela, aujourd’hui, le Catholicisme. Qui pourrait mettre en doute aujourd’hui la «  supériorité » de l’évêque de Rome sur les autres (et donc l’existence même d’un Pape) alors qu’elle n’a jamais été évoquée, ainsi que l’existence des évêques, par ailleurs, dans les Évangiles ? Quid de la légitimité d’un État du Vatican alors que Lorenzo Valla a démontré que la « falsa et ementita Donatio Constantinii » était, justement, un fake ? Et pourtant …
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Nos cultures respectives sont-elles surtout des cultures du sacré ou des cultures sécularisées ?

Aujourd’hui, certaines cultures ont pris leurs distances avec la religion et abordent le quotidien, personnel et professionnel, de façon « laïque », c’est-à-dire « neutre » par rapport à la religion, qui avait dans les siècles passés beaucoup plus d’influence dans toutes les sphères de la vie humaine.

  • Les « cultures séculaires» : les pays européens pourraient entrer, chacun avec ses spécificités, dans cette définition.
  • Les « cultures du sacré» restent encore fortement ancrées dans leurs religions ou spiritualités : c’est plutôt le cas du Moyen Orient, de l’Afrique et de l’« Extrême Orient ».

Je partage tout de même les doutes de l’auteur sur les limites de ces grands ensembles, car les USA, même si plutôt laïcs, conservent un esprit éthique qui plonge ses racines dans le Puritanisme et Dieu apparaît encore dans beaucoup de rituels (notamment dans les tribunaux ou lors du serment du Président).

En Italie, on pourrait aussi parler de la forte présence de l’Église Catholique Apostolique Romaine dans les enjeux socio-politiques et à travers ses relations parfois équivoques avec l’État italien.

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Quelle est la prégnance du religieux dans notre quotidien, ici et ailleurs ?

Si on cherche à mesurer la réelle présence de la religion dans la vie de tous les jours, plusieurs pistes ont été explorées.

Par exemple, une étude sur la population par rapport à l’affirmation « La religion est très importante pour moi dans ma vie quotidienne » :

  • un taux de réponse de 17% en France me paraît bas et plutôt réaliste. Je pourrais même dire que, d’après ce que je vis, ce pourcentage contient les Musulmans de France, vu que l’Islam représente désormais 10% de la population. La population soi-disant chrétienne, il me semble, a beaucoup pris les distances avec sa religion.
  • En Italie, en revanche, un taux de réponse de 51% me paraît très élevé : mis à part les éléments de langage, plutôt liés à la tradition qu’à une vraie sensibilité religieuse, et la présence à la messe du dimanche, je n’ai pas l’impression que les Italiens passent leurs journées à Dieu, sauf peut-être les personnes âgées et plutôt dans certains coins du Sud de l’Italie.
  • Je ressens beaucoup cette « présence » religieuse dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que dans les communautés indiennes en France et en Asie (Singapour, Malaisie), où la religion inspire la loi, marque encore les moments de la journée et les périodes sacrées de l’année, ainsi que le régime alimentaire et les codes vestimentaires.

Autre piste d'analyse, l’heure de religion (catholique) à l’école :

  • En France, elle n’existe plus.
  • En Italie, elle a été remplacée il y a longtemps déjà par l’enseignement de l’histoire des religions (années 80).
  • Au Maghreb et au Moyen-Orient, la religion joue un rôle important à l’école.

On peut regarder aussi la fréquence des fêtes religieuses :

  • La France a étonnamment un grand nombre de fêtes catholiques, que même en Italie on ne fête plus (comme la Pentecôte ou l'Ascension). Ceci pourrait être dû essentiellement à des raisons de productivité, car l’Italie est fortement attachée à la notion de travail (art. 1 de la Constitution).
  • Les auteurs n’approfondissent pas le cas du Maghreb et du Moyen-Orient et je ne suis pas allée récupérer mon calendrier professionnel, mais je souligne le fait que le Prince de l’Arabie Saoudite a récemment (autour de 2010) changé le week-end de jeudi/vendredi à vendredi/samedi (du jour au lendemain…) pour faciliter les relations économiques avec le « monde occidental ».

On peut mesurer la place et l’influence des autorités religieuses dans le pays :

  • En France, j’entends plutôt des débats sur l'opposition laïcité / religion, notamment par rapport à la récente actualité.
  • En Italie, il ne fait aucune doute que l’influence du Vatican est très forte : ingérences dans toutes les lois sociales des dernières années (divorce, avortement, viol, euthanasie, PACS …), les citoyens versent à l’Église 8 pour mille de leurs impôts sur le revenu (depuis 1984) et récemment, à d’autres cultes (en 2016 : 12, pour la plupart de foi chrétienne ou judaïque), les écoles privées sont presque toutes catholiques et reçoivent des subventions de l’État, il y a 2 radios religieuses (la plus connue est Radio Maria, qui est la radio privée avec le plus grand nombre d’antennes sur le territoire, sur 850, et compte presque 1,5 million d'auditeurs en Italie, plus de 35 millions dans le monde…).
  • Dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, il est plus compliqué de tracer une ligne claire, car l’Islam n’a pas, de par sa configuration, une hiérarchie ecclésiastique formelle. Au Moyen-Orient les familles royales sont tout de même obligées de prendre en compte l’influence des représentants de la religion pour avoir la stabilité politique (je parle notamment de l’Arabie Saoudite).

Les manifestations du fait religieux dans les institutions sont très révélatrices :

  • La France est fortement ancrée dans la laïcité, définie non seulement par sa Constitution, mais aussi par des lois. Personnellement, je trouve cette forme de laïcité plus proche d’un « laïcisme » qui limite fortement la liberté de manifester sa religion, notamment avec la notion d'« ostentation des signes religieux », très controversée dans ses interprétations plus rigides, spécialement dans les entreprises publiques. Et peut-être aussi un peu en contradiction avec la « liberté » des individus tout court. Il ne faut pas oublier que la France a été bâtie sur des racines et des principes chrétiens qui régissent encore notre quotidien, même si nous ne les voyons plus … il est donc clair que ceci a donné naissance à des tensions et parfois, à des conflits ouverts avec les religions qui, plus que d’autres, se différencient de nos mœurs à travers leurs codes vestimentaires, leurs contraintes alimentaires, leurs temps de prière … Il ne faut pas non plus négliger le fait qu’AUCUNE religion révélée n'admet la laïcité : ce sont les individus qui, dans certains pays / cultures, ont pris des distances avec le divin par le biais d’événements historiques sur lesquels on pourrait débattre longuement (la Renaissance, les Lumières). Mais ceci ne s’est pas produit partout, ce qui met certaines cultures face à un dilemma qui est, à mon avis, irrésoluble : choisir entre sa patrie et son Dieu. Je partage l’avis de Ph. D’Iribarne et de N.Grepe qui font remarquer que dans certains pays, la prise en compte du fait religieux s'est révélée source de cohésion et de motivation des salariés. Dans le respect de la loi et des règles, évidemment.
  • En Italie, la laïcité (établie par la Constitution), est interprétée de façon différente : l’existence de relations privilégiées entre l’État italien et L’État du Vatican est réglée par la loi (« Patti Lateranensi » de 1929 et « Nuovo Concordato » de 1984) et le peuple reste très attaché à ses racines chrétiennes, notamment du fait qu’on accueille sur son territoire le Siège papal (avec toutes les contradictions que l’histoire a désormais mises en évidence…). Il n’est donc pas étrange de voir encore aujourd’hui dans les écoles, les tribunaux et parfois les institutions politiques, des crucifix et, surtout, des images de la Vierge un peu partout (le culte « mariano » a été beaucoup renforcé par Jean Paul II lors de son pontificat), sans parler du patrimoine artistique représenté par les centaines de milliers d’églises sur le territoire italien. Ceci est aussi une raison pour laquelle les autres cultes (avec une tolérance pour ceux qui appartiennent à la même grande famille du Christianisme et du Judaïsme) ne sont pas forcément bien accueillis. Pour autant, il n’y a pas en Italie la notion d'« ostentation des signes religieux » : à partir du moment où l'on respecte la loi (interdiction de se couvrir le visage, loi anti-terroriste des années 60), rien n’est interdit.
  • Dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, cela est moins compliqué, car les lois sont souvent (toujours, je crois) calées sur la religion. Le concept de laïcité n’existe pas : une fois cette spécificité prise en compte, cela ne pose pas de problème dans le travail, mise à part la notion de productivité qui doit nécessairement être revue à la baisse par rapport aux standards « occidentaux ».

Finalement, nous pouvons observer les récurrences des références religieuses dans le langage de tous les jours :

  • En France, j’ai pu remarquer l’absence presque totale du Divin et du Sacré par rapport à l’Italie, où l'on utilise des mots issus de la religion Catholique à longueur de journée (y compris dans le langage grossier, hélas…). La superstition, notamment, a un poids énorme : il n’est pas rare d’effectuer certains gestes pour chasser la poisse dans certaines situations (pour échapper à un accident ou un malheur), ou pour attirer la bonne chance (des images de Saint ou des rosaires dans les voitures et les camions, des gestes bizarres quand on voit passer une ambulance ou un corbillard…).
  • Dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, j’ai pu remarquer les même intercalaires en arabe (inch’allah, qui se traduit en Italien « Se Dio vuole », s’utilise à la même fréquence et de la même manière, ainsi que toutes les exaltations à la grandeur et à la puissance du Divin).
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Quelles interactions les religions ont-elles entre elles ?

Le dialogue interreligieux est un sujet très actuel, notamment en France et plus en général en Europe, où la sécularisation des pays et les interprétations plus ou moins « sereines » de la laïcité soulèvent bien des questions.

Je partage les suggestions de D.Gira, en particulier celle qui consiste à ne pas chercher chez les autres ce qui est important chez nous (la prise de distance de l’universalisme et de l’ethnocentrisme religieux, si on peut dire). Je partage également la notion de limite des mots : un pour tous, laïcité. Au contraire, je pense que la suggestion de juger la religion de l’autre par ses sommets trouve les limites que j’ai déjà évoquées dessus. Je suis assez à l’aise sur le fait que deux choses puissent être radicalement différentes sans être diamétralement opposées.

L’initiative de ce dialogue a été souvent assumée par l’Église Catholique Apostolique Romaine, en temps plutôt récents, même si elle n’en a pas eu le monopole. Personnellement, si j’ai pu expérimenter un syncrétisme religieux réussi et harmonieux entre la religion catholique et certains cultes animistes (notamment à Cuba, où l'on bâtit des temples aux ancêtres, on leur donne à manger ou on leur offre des fleurs juste à côté d’une photo de la Vierge), je reste persuadée que ceci n’est possible qu’entre des cultes non révélés, dans lesquels il n’y a pas qu’une seule Vérité, où les autres croyances ne sont pas taxées d’hérésies et leurs croyants d'infidèles. Le 1er Commandement de l’Ancien Testament, par exemple, partagé par Chrétiens et Juifs, n’admet pas de compromis.

Le rapport à la tradition

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Tradition, droit coutumier, codes rituels : de quoi parle-t-on ?

  • La tradition, pour M. Meslins, est « un ensemble d’attitudes et de conduites qui se réfèrent à un passé pour guider une action présente, grâce à la prise de conscience d’un principe d’identité reliant les générations ». Je trouve que la force de la tradition réside dans le fait qu’elle est souvent « non explicite » et « rattachée à un inconscient collectif ».
  • La coutume est une façon d’agir établie par l’usage, « consacrée par le temps et acceptée par la population d’un territoire déterminé ». Elle est liée surtout au domaine de la loi, où elle peut être mise en cause pour justifier certaines décisions.
  • « Le rite est un ensemble d’usages définis par la tradition et la coutume et se caractérise par des « actes répétitifs, codifiés et souvent chargés de symboles ». Il est très important, notamment dans les cultures ancrées dans le passé (typiquement en France et en Italie), pour célébrer des passages ou l’intégration des individus dans un groupe.
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Peut-on encore opposer « sociétés traditionnelles » et « sociétés modernes » ?

Cette distinction associe souvent la société traditionnelle à ruralité, hiérarchie, sacralité, passé, et la société moderne à industrie, égalité, sécularisé, futur, souvent à Occident aussi. Je partage l’avis de Chateaubriand, qui définit la tradition comme « une innovation qui a réussi » : des innovations ou des idées innovantes absolues et même très contrastées dans l’histoire sont désormais acquises (comme la théorie héliocentrique ou la médecine voire, plus récemment, le téléphone portable, considéré comme « un truc de yuppies en Italie dans les années 90 »).

Le recours aux valeurs traditionnelles se manifeste souvent quand un individu ou une collectivité n’a pas d’autres repères dans un environnement inconnu et très différent. La récente actualité en Europe a vu le retour de certains mouvements politiques qui font appel aux valeurs de la tradition, avec des connotations plus ou moins exclusives vis-à-vis des cultures étrangères.

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Quelle est la prégnance de la tradition sur la vie sociale et professionnelle, ici et ailleurs ?

La tradition occupe encore une grande place dans les relations personnelles et professionnelles. Parmi les exemples cités, l’Inde est probablement la plus frappante, avec un filon très connoté dans la filmographie internationale qui est Bollywood. Mais la Chine aussi est connue pour ses rituels liés aux repas professionnels (et au « Ganbei ») qui précèdent chaque négociation.

D’après mon expérience en France, je retrouve l’importance des rituels dans les passages de niveaux professionnels (passage à statut de cadre) ou dans la politique (le protocole qui précède l’entrée du Président à l’Élysée), alors qu’en Italie je la retrouve plutôt dans la vie personnelle (passage de célibataire à homme / femme marié(e)).

Le rapport à l’histoire

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Héritage historique, mémoire collective, mythes fondateurs : quelles définitions ?

  • « L’héritage historique et politique renvoie à un ensemble d’évènements socio-politiques du passé relatifs à un pays, une région, un peuple et influence les conceptions actuelles de notre interlocuteur et la relation que nous pouvons établir avec lui. » Cela inclut les guerres, les colonisations, les persécutions ethniques ou religieuses … Personnellement, je vois cela encore très présent en France et au Maghreb, notamment dans la communauté algérienne, ou dans certains pays d’Afrique dans les lois anti-apartheid et dans les relations avec les blancs. Je n’ai pas forcément ressenti cela au Moyen-Orient. Alors qu’en Italie, cela est très présent dans les relations Nord et Sud et entre certaines villes (comme Florence et Pise), on appelle cela le « campanilisme ». Bizarrement, l’expérience coloniale en Éthiopie, Érythrée et Somalie (courte et malheureuse) ne semble pas avoir laissé de traces particulièrement négatives chez la population locale. On pourrait peut-être citer aussi les relations entre Chine et Japon.
  • La mémoire collective est décrite par P. Nora comme « l’ensemble des souvenirs, conscients ou pas, d’une expérience vécue et/ou mythifiée par une collectivité vivante, dans l’identité de laquelle le sentiment du passé fait partie intégrante ». Je ne connais pas suffisamment l’histoire de France ni du Maghreb ou du Moyen-Orient pour faire des commentaires sur ce point, mais en Italie je pourrais citer les « partigiani » (résistants qui se sont opposés au fascisme) et l’« antifascismo », qui oppose encore les ex-combattants et leurs familles, la Gauche et la Droite en politique et dans la société. Pour autant, les « zones d’ombres » dans les actions commises par les « partigiani » enflamment encore le débat.
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Quelle prégnance l’histoire a-t-elle sur les représentations, ici et ailleurs ?

Les auteurs citent l’attitude des organisations thaïlandaises à l’égard des réfugiés Birmans (que je ne connais vraiment pas) ou, en France, le passé colonial en Afrique. Ce thème a déjà été exploré dans le paragraphe ci-dessus.

On conclut avec la posture des expatriés français, notamment en situation managériale, qui peut recouvrir plusieurs tendances :

  • la « culpabilisation », qui les pousse à « se faire discrets ».
  • le « déni » entre leur situation (personnelle et professionnelle) et ce qui a pu se produire dans les générations précédentes.
  • l’« assomption » de leur position de nouveaux colons.

Pour en avoir connu beaucoup lors de mon expérience à la Mobilité Internationale, en France je pense que la tendance la plus répandue est plutôt la 2ème, surtout parmi les 30-40 ans, qui sont nés à une époque où la période colonialiste était finie depuis plusieurs années et qui considèrent qu’il faut se concentrer uniquement sur le business.

Conclusions

Un thème passionnant qui pourrait, par sa richesse de matière, faire l’objet d’un livre à part entière : un sujet toutefois délicat, qui mérite d'être traité avec ouverture d'esprit et, à mon avis, en faisant l'effort de sortir du politically correct, notamment en considération des enjeux socio-politiques actuels, qui nécessitent d'être abordés avec lucidité et pragmatisme.

Le livre est entièrement téléchargeable sur le site ECLM  - Editions Charles Léopold Mayer.