La mobilité internationale est une question humaine avant d’être une question logistique. C’est la conviction qui a réuni AI°FI, Phoenix Relocation Group et MGME Neurotech au sein du consortium WeSpeakMobility, et c’est aussi ce que confirment les données de la première enquête, menée début 2026 auprès de professionnels RH et Global Mobility en France, en Italie et au Royaume-Uni.
Un constat traverse l’ensemble des réponses : la fonction mobilité sait où elle doit aller, mais elle n’a pas encore construit l’infrastructure pour y arriver. Et parmi les chantiers ouverts, un domaine concentre un paradoxe que nous rencontrons régulièrement sur le terrain : la préparation culturelle.
Un mix de mobilité qui a changé de nature
Premier enseignement de l’enquête : les formats courts dominent désormais la mobilité internationale. Les missions de courte durée concernent 46,7 % des organisations interrogées et les déploiements liés à un projet 40 %, devant l’expatriation longue traditionnelle, citée par 33,3 % des répondants.
Ce basculement a une conséquence directe sur la dimension humaine des missions. Les programmes d’accompagnement conçus pour des fenêtres d’intégration de trois ans sont structurellement inadaptés à des rotations de quelques semaines. Quand la mission dure six semaines, le temps de « s’acclimater sur place » n’existe plus : la préparation doit intervenir avant le départ, sous des formats compressés, opérationnels, orientés vers l’action. Nous en avons détaillé les enjeux pratiques dans notre guide consacré à l’expatriation en Italie, où la réussite des premières semaines conditionne l’ensemble de la mission.
L’accompagnement interculturel, un angle mort qui s’auto-entretient
C’est le résultat le plus frappant de l’enquête. Près d’un tiers des organisations classent la préparation culturelle parmi leurs priorités stratégiques basses. Les raisons invoquées : le budget (46,5 %) et la difficulté à en mesurer l’impact (30,2 %).
Or, seules 16,3 % des organisations déclarent avoir du mal à trouver des prestataires de qualité. L’offre ex et les compétences sont disponibles. Ce qui manque, c’est l’engagement stratégique.
Le coût de cette impasse est bien réel, mais il n’apparaît sur aucune ligne budgétaire : une intégration plus lente, une productivité initiale réduite, des échecs de mission, dont le prix dépasse largement celui de la préparation qui aurait pu les éviter. L’angle mort s’auto-entretient : l’impact semble difficile à mesurer, donc on n’investit pas et les coûts restent invisibles et diffus.
Pourquoi l’impact semble si difficile à mesurer
L’enquête apporte un élément de réponse structurel : 48,9 % des organisations mesurent encore la mobilité uniquement en coûts directs, et seules 20 % relient systématiquement les résultats de la mobilité aux résultats business. La fonction sait décrire ce qu’elle dépense, rarement ce qu’elle rapporte.
Dans ce cadre de mesure, la préparation interculturelle est doublement pénalisée : elle apparaît comme un coût immédiat, tandis que ses bénéfices, intégration accélérée, montée en productivité, rétention, se manifestent là où personne ne les mesure. La difficulté de mesure est donc moins une propriété de l’interculturel qu’une conséquence du système de mesure lui-même. C’est un point que nous avions déjà exploré à propos des méthodes pour mesurer les effets des pratiques interculturelles en entreprise, et que ces données viennent confirmer à l’échelle de la mobilité.
Ce que cela change pour les équipes RH
Trois implications ressortent de la lecture croisée de ces données.
- Calibration de l’accompagnement interculturel sur les nouveaux formats de mobilité : des interventions courtes, ciblées sur les situations réelles de la mission, positionnées avant le départ plutôt qu’après l’arrivée.
- Intégrer la dimension humaine dans le système de mesure : relier la formation interculturelle à des indicateurs que l’organisation suit déjà, comme le délai de montée en charge, la satisfaction des équipes locales ou le taux de réussite des missions.
- Traiter la préparation comme un investissement de réduction du risque : le coût d’un échec de mission, direct et indirect, constitue le véritable point de comparaison.
Pour aller plus loin
L’Executive Abstract de l’enquête, avec les cinq enseignements clés et les priorités identifiées pour les 24 prochains mois, est téléchargeable sur le site du consortium : www.wespeakmobility.com. Le replay du webinaire de présentation des résultats y est également disponible.
WeSpeakMobility réunit trois organisations aux expertises complémentaires : Phoenix Relocation Group, opérateur de la relocation en Italie et initiateur du projet, MGME Neurotech, spin-off de l’Université de Zurich spécialisée dans l’évaluation des capacités de décision, et AI°FI pour la dimension interculturelle franco-italienne.


