Les Italiens sont-ils individualistes ? Une plongée dans l’histoire à travers un proverbe

Cet article permet de comprendre les origines de l'individualisme en Italie, dans tous les aspects de la vie personnelle et professionnelle. Nous vous dévoilons une facette de la culture italienne en partant d'un proverbe très connu.

"Chi fa da se, fa per tre"

{Équivalence française : on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même}

Ce proverbe très connu en dit beaucoup sur l'individualisme en Italie. Il sous-entend que le peuple italien est très méfiant à l’égard de l’État et de l’autorité centrale. Une des raisons principales de cet individualisme : l’Italie est un état très récent. En effet, il est issu d'une agglomération de petits États, républiques, duchés, grand-duchés, principautés indépendantes. Sa naissance remonte à la chute de l'Empire Romain d'Occident (en 476 d.C.). Il perdure ensuite jusqu'à la fin du XIXème siècle. Durant le Moyen Âge et, surtout, il Rinascimento (la Renaissance), l'Italie ainsi fragmentée a vécu son âge d'or. Aux causes historiques, s'ajoute la configuration géographique, plutôt unique, de la péninsule italique, très étroite et longue. Elle est constituée pour la plupart de montagnes. Cela a toujours rendu les déplacements et le transport de marchandises très cher et compliqué.  La coordination centrale est donc peu développée et peu efficace, car éloignée des citoyens. Ainsi, l'Italie a toujours plébiscité la décentralisation du pouvoir étatique vers les régions, voire les villes, les véritables centres de l'économie et de la vie politique. Par exemple, ce sont les régions qui s’occupent du secteur de la santé — comme nous avons pu observer lors de la gestion du Covid — des écoles, des transports et de l'entretien de certaines routes.

Les racines de l'individualisme en Italie

Par ailleurs, d'un point de vue social, le soutien de l’Etat (comme les aides financières ou l'assurance chômage) est rare et faible. Les Italiens doivent souvent se débrouiller seuls, en s'appuyant essentiellement sur leurs familles. Ainsi, ils se considèrent plutôt comme citoyens de leur ville ou de leur région que de l’Etat. Les personnages institutionnels les plus suivis et les plus populaires sont les gouverneurs des régions. Dans l’un de ses articles, le journaliste et écrivain lombard Aldo Maria Valli décrit ce sentiment individualiste caractéristique des Italiens :
"Comment qualifier les Italiens ? Difficile de répondre. Au-delà du folklore superficiel, il n'y a pas de véritable trait national. Les particularités ne concernent pas tant la nation que le territoire local. Notre pays est le pays des clochers, des particularismes. En certaines occasions, notamment sportives, nous nous transformons en nation, mais dans ces cas-là, même si nous nous montrons patriotes, au fond de notre âme, nous avons le sentiment que l'opération a toujours quelque chose de forcé, voire de faux. Cependant, nous nous sentons bien dans la petite communauté à laquelle nous appartenons : c'est le monde que nous reconnaissons comme le nôtre et qui nous reconnaît."

1. Retour historique sur l’unification tardive de l’Italie

La faiblesse d’identité nationale italienne s’explique principalement par le retard d’unification du pays. Après des siècles de domination étrangère et de division en plusieurs États, c’est seulement à la naissance du Regno D’Italia, en 1861 que l’unité nationale voit le jour [1].

L'Italie en tant qu'Etat

Le désir d’une unité italienne en tant qu'entité politique débute en 1848, avec il Risorgimento (la Résurrection). Appliqué au mouvement idéologique et politique dans la première moitié du XIXème siècle, il tente d'instaurer l’unité nationale jusqu’en 1870. L’unification de l’Italie s’est faite en deux étapes :

1ère phase du Risorgimento : 1848 – 1849

Au début, ce mouvement se traduit par des initiatives militaires organisées par des sociétés sécrètes. La plus connue est la Carboneria, menée par Giuseppe Mazzini. Ces initiatives se terminent toutes par des échecs, surtout à cause de leur manque de communication et de leur confiance dans l'intervention des Etats étrangers. Il faut savoir qu'aucun des grands États européens ne voulait une Italie unifiée.
  • La France contrôlait le Royaume de Piémont et Sardaigne au Nord-Ouest (en jaune sur la carte) ainsi que le Royaume des deux Siciles au Sud de la péninsule à travers les Bourbons (en rouge sur la carte).
  • L'Empire Autrichien contrôlait le Lombardo-Veneto (en fuchsia   sur la carte) et les Duchés de Parme et de Modène plus le Grand-Duché de Toscane dans le centre (en rose  sur la carte), c'est-à-dire les régions les plus riches et industrialisées, avec Milan et la République de Venise, ni le Pape, qui contrôlait les Etats Pontificaux (en vert sur la carte) qui auraient été ainsi complètement entourés.
La voie vers l'unification est longue et disséminée d'insurrections durement réprimées. Elle se réalisera dans la souffrance et dans les guerres civiles, car la population est loin d'être unanime vis-à-vis de la question de l'unité nationale.
Il Quarantotto
  • 1848 : La Révolution de Février éclate en France, contre les pouvoirs absolus du Roi Louis Phillippe, qui est chassé. Ce mouvement populaire mène à la création de la Deuxième République française. Le succès se propage dans l’Empire d’Autriche et ses territoires italiens et déclenche un mouvement révolutionnaire en Italie. Depuis, on parle du Quarantotto. C'est la période durant laquelle de nombreux mouvements populaires surgissent en Italie et sèment la confusion dans les différents états pré-unitaires. Ainsi, l’expression Fare un quarantotto (créer du désordre, semer la confusion) a bien pour origine cette période phare de la construction de l’Italie.
  • Mars 1848-Mars 1849: la 1ère guerre d'indépendance est à l'initiative de Charles Albert de Savoie, roi de l'état Piémont-Sardaigne. Après avoir œuvré au développement de son royaume sur le plan industriel et économique (et avoir choisi les 3 couleurs du drapeau italien), il s'engage vers la voie de la réunification des états en lançant l'attaque envers l'Empire Autrichien. Cependant l'échec est rapide, avec la défaite de la bataille de Milan, où les Autrichiens reprennent le dessus sur les Piémontais.

 2ème phase du Risorgimento : 1859 - 1860

  • 20 avril 1859: la 2ème guerre d’indépendance italienne éclate. En mars 1849, Victor-Emmanuel II de Savoie devient roi de Piémont-Sardaigne. En novembre 1852, il nomme Cavour comme premier ministre. Celui-ci va moderniser le pays. Tout d'abord, il signe des accords de libre-échange avec la France et le Royaume-Uni, la Belgique et la Suisse. Ensuite, il réorganise l'armée piémontaise, et encourage les initiatives qui visent à combattre les particularismes régionaux et soutiennent les idées d'unification menée par le roi. Puis, il s'allie à Napoléon III pour s'assurer la protection militaire en cas de conflit avec l'Autriche. Si une guerre venait à éclater, cette collaboration aboutirait, en cas de victoire, à l'annexion du nord de l'Italie par le Piémont, et l'annexion de Nice et de la Savoie par la France. Cependant, les Français décident de retirer leurs troupes en signant l'Armistice de Villafranca (1859) avec les Autrichiens.
  • Janvier 1860 : Cavour organise un referendum (plébiscite). Le peuple italien, au suffrage universel masculin, doit se prononcer pour ou contre une Italie unifiée. La majorité du peuple italien est pour. Il s'en suivit le rattachement au Royaume de Sardaigne des Duchés de Parme, Modène et du Grand-Duché de Toscane.
Giuseppe Garibaldi, l’un des protagonistes des mouvements d'insurrections organisés par la Carboneria, part de Gênes. Il débarque à Marsala en Sicile à la tête d'une armée de 1000 volontaires, les fameuses chemises rouges (Spedizione dei Mille, 1860). Cette expédition permet progressivement de faire des Etats italiens une seule et même nation. Il s'agit en réalité d'une véritable guerre civile. Le 17 mars 1861 , l'Italie est officiellement unifiée. Turin est déclarée capitale, et Victor Emmanuel II de Savoie est proclamé Roi d'Italie.
La Breccia di Porta Pia
Or, pour Cavour, l'Italie ne peut être sans Rome. Il faut cependant l'approbation de la France, qui protège la papauté avec son armée. De longues négociations commencent, mais s'annoncent très difficiles.

« que l'Italie peut faire sans Rome; nous déclarons qu'elle ne s'emparera jamais de cette ville. La France ne supportera jamais cette violence faite à son honneur et au catholicisme » - Eugène Rouher, ministre français

L'entrée en guerre de la France contre la Russie en 1870 change tout : l'armée française se retire de Rome. L'Italie en profite alors pour marcher vers la Città Eterna. L'armée ouvre un passage par une des portes de la ville. Ce passage devient célèbre comme la breccia di Porta Pia. En Juillet 1871, Rome est proclamée capitale du Royaume d’Italie.

« l'Italie est faite, il reste maintenant à faire les Italiens » - Massimo d'Azeglio

2. Fare gli Italiani (faire les Italiens)

Créer des symboles communs

“Faire les Italiens” n'est pas une chose simple. Jusqu’en 1861, l’idée d’une nation italienne n’était pas concrète. Chez les Italiens, le sens d’appartenance à une communauté nationale unique n’existe pas. C'est l'inverse de ce que l’on observe déjà en France depuis le XVIème siècle, avec l'oeuvre de Louis XIV et de Louis XV. Il faut donc créer une cohésion et une conscience collective. Cela commence par l’instauration d’une administration, d’un système juridique communs et d’une série de symboles représentants la nouvelle nation italienne (drapeau, hymne, rites patriotiques…).

Les limites de l’intégration nationale, et les racines de l'individualisme en Italie

  • La lettre du Non Expedit du Pape Pie IX: Le Risorgimento a permis l'annexion des Etats pontificaux. Ainsi, avec le décret du 29 février 1868, le pape Pie IX, interdit aux catholiques italiens (soit la quasi-totalité de la population) de participer comme électeurs ou candidats aux élections du royaume d'Italie. Le Pape refuse catégoriquement de reconnaître le Royaume d’Italie. Ce n’est qu’en 1929, avec les accords de Latran, que le Pape Pie XI le reconnaîtra.
  • Brigandage méridional: À la suite de l’unification italienne, certains mouvements populaires voient le jour. Au sud de l’Italie, le brigandage méridional apparaît. On parle de luttes armées, contre les représentants du nouveau Royaume (les soldats piémontais, certaines familles riches, les personnalités politiques…). Ce mouvement, qui a rendu l’intégration nationale difficile, fut à l’origine encouragé par ceux qui étaient contre le nouvel État. D'après ces personnes, l'État ne tenait pas ses promesses d’amélioration des conditions de vie des Italiens.
  • La langue: Avant l’unification, les nombreux États indépendants italiens se différenciaient les uns des autres. Par leurs diverses formes de gouvernement, leur niveau culturel et leur système économique, mais aussi d’un point de vue linguistique. En effet, d’innombrables langues régionales, appelées dialectes, étaient utilisées dans les différents États, principautés et duchés italiens, dans toutes les classes sociales.

La langue officielle et les dialectes, reflet de l'individualisme en Italie

Le nouvel État choisit le toscan comme langue officielle. Le but est de standardiser la langue. Les commentateurs, les politiciens, et les professeurs— entre autres — parlent le toscan. Le toscan écrit se base également sur I Promessi Sposi (Les Fiancés), d’Alessandro Manzoni (1827). D'ailleurs, cette oeuvre littéraire est toujours obligatoire à l’école. La scolarité est le principal instrument permettant d’homogénéiser la langue. Néanmoins, le vrai tournant arrive avec la RAI, la télévision publique, dans les années '50. Individualisme en Italie : la langue officielle Toutefois, les dialectes sont encore courants en Italie de nos jours. Selon l’Istat, on estime qu’en 2015, 45,9% de la population âgée de six ans et plus (environ 26 millions 300 mille individus) s'exprime principalement en italien dans la famille et 32,2% en italien et en dialecte. En revanche, 14% (8 millions 69 mille personnes) utilise, principalement le dialecte. En 2015, 32 % des plus de 75 ans parlent exclusivement ou majoritairement le dialecte familial. Les Italiens continuent à parler différents dialectes. Cela prouve que ces langues reflètent l’histoire, les traditions, et le sentiment d’appartenance à une communauté. Cela montre aussi que l’Italie est un pays riche en particularismes régionaux.

3.  Individualisme en Italie : la faible identité nationale, un sujet d’actualité

Autonomie régionale et revendications nationalistes

Les 20 régions italiennes sont reconnues par la Constitution de 1948, par la décentralisation du pouvoir étatique. Cela leur accorde une certaine autonomie. Article 5 : La République, une et indivisible, reconnaît et favorise les autonomies locales ; elle réalise dans les services qui dépendent de l'État la plus large décentralisation administrative ; elle adapte les principes et les méthodes de sa législation aux exigences de l'autonomie et de la décentralisation. Selon l’article 116 de la Constitution italienne, les régions dites à statut spécial (la Sicile, la Sardaigne, le Trentin-Haut-Adige,  le Frioul-Vénétie Julienne et la Vallée d'Aoste) disposent d’une plus grande autonomie financière et législative, en raison de leur patrimoine culturel et historique singulier. Par ailleurs, la situation géographique de la Sardaigne et de la Sicile renforce leur identité : on parle d’identité insulaire. L’indépendance des régions italiennes vis-à-vis de l’Etat édulcore le sens d’appartenance à la Nation des citoyens italiens, et renforce le sentiment d’individualisme régional.

Les régions "a statuto speciale" et l'individualisme en Italie

Le statut spécial accordé à ces 5 régions italiennes permet d’apaiser les revendications des régions frontalières. Celles-ci sont toujours partagées entre la nouvelle patrie et leurs héritages historique, culturel et surtout linguistique. Le désir d’indépendance est encore bien présent dans certaines régions telles que la Sicile ou la Sardaigne. Là-bas, des courants régionalistes défendent l’idée que les intérêts économiques, et les spécificités culturelles et historiques sont pratiquement incompatibles avec ceux d'un Etat central. Les souhaits d’autonomie sont également présents au Nord de l’Italie, notamment avec le mouvement politique Lega Nord (aujourd'hui Lega), fondé en 1989 par Umberto Bossi et aujourd'hui mené par Matteo Salvini. À sa création, le parti politique prônait ouvertement l’indépendance de la Padania (région du nord de l’Italie, autour du fleuve Pô). L'indépendance plus particulièrement vis-à-vis du Mezzogiorno (Sud de l’Italie), qu’il considérait comme une charge pour l’économie de l’Italie, à cause de son manque de développement. Depuis, plusieurs modifications ont été apportées à l'autonomie des régions. Ces modifications vont dans le sens du fédéralisme (surtout fiscal). Depuis 2017, le parti de Matteo Salvini s’est rebaptisé Lega, afin de viser l’électorat de l’ensemble du pays. Il a réorienté ses revendications d’autonomie vers l'Union Européenne, et demande plus de souveraineté pour les pays membres.

Clivages Nord / Sud : une Italie à deux vitesses Individualisme en Italie : le Mezzogiorno

Introduite dès l’unification de l’Italie, l’expression « questione meridionale » sous-entendait la désastreuse situation économique du Mezzogiorno face aux autres régions italiennes, notamment celle du Nord. On parle de clivages entre le Nord et le Sud de l’Italie (divario en italien). Le divario concerne les domaines politiques, économiques et sociaux. Ces inégalités ont augmenté avec la crise économique de 2008 qui a touché le pays. En 2018, le PIB par habitant est deux fois supérieur au Nord qu’au Sud de l’Italie : on compte 36 000 € au Nord-Ouest contre 19 000 € pour le Mezzogiorno. Ces clivages sont sources de débat et divisent l’Italie. L'écart entre Nord et Sud n’est pas prêt de s'arranger. Cela s'explique par un réseau de transport et de communication obsolète. Ces clivages renforcent le sentiment d'individualisme en Italie. De plus, l'État a des difficultés à présider le territoire, qui est vaste et difficile d'accès. Cela laisse la voie libre à la criminalité organisée et à des phénomènes de lassitude de la part des citoyens. Ces derniers ont parfois recours à des pratiques de contournement de la loi. Tout cela ne favorise pas les investissements des grandes entreprises, malgré des conditions fiscales très favorables mises en place par l'État.
“Le fait est que la fierté d’être italien est due, pour l’homme de la rue, à la beauté du paysage péninsulaire, à la richesse de son patrimoine artistique et a son art de vivre (cuisine comprise). L’orgueil se fonde donc sur des éléments culturels que les Italiens évaluent positivement et qui leur permettent de s’y reconnaître en tant que Nation. Ce qu’il manque aux Italiens, c’est la capacité ou la possibilité, compte tenu de l’expérience historique, d’identifier l’Etat avec la Nation"[2]

4.  Un tissu économique et un style de gestion à l'image du contexte politique et social

Le tissu économique du pays explique en partie l’individualisme en Italie. En effet, ce dernier est composé à environ 99% de PME et TPE, souvent familiales. Ceci reflète une dispersion de l'activité économique sur le territoire et en petite quantités. Cela s'explique par une industrialisation très tardive, et une production qui est restée très artisanale. De plus, pour les raisons expliquées plus haut, la présence de l'État n'a jamais été la bienvenue dans les questions économiques. Ainsi, les entreprises sont plafonnées et pénalisées dans leur croissance au niveau international. Finalement, les petites entreprises bénéficient d'un système fiscal simplifié et d'obligations plus légères pour l'employeur. Cela permet beaucoup plus de liberté dans la gestion courante, qui est souvent familiale, et des salariés. C'est pourquoi le développement de grands groupes a été fortement limité. La réalité industrielle italienne ne fait pas le poids contre les puissantes industries allemandes ou françaises. Ces dernières peuvent compter sur des capitaux conséquents et sur une certaine présence de l'État dans les sujets économiques.

Les répercussions de l’individualisme italien dans le milieu professionnel

Les italiens se méfient de toute présence externe dans les questions internes de leurs entreprises, et l'histoire en est responsable. La prise de décision est donc fortement centralisée dans les mains du propriétaire qui d'ailleurs est souvent le père de famille. Ce dernier filtre les informations pour garder le contrôle de l'entreprise. La méfiance peut s'exercer vis-à-vis d'un partenaire, d'une maison mère (surtout si elle est étrangère) dans le cadre d'une relation siège-filiale, voire même entre les services d'une même entreprise. Le seul point de référence est son propre manager. Le salarié lui est entièrement loyal en échange de sa "protection". Cette protection implique la stabilité économique de son foyer à travers un emploi sûr, et dans l'opportunité de faire carrière. Il s'agit d'un style de management que l'on pourrait définir comme paternaliste. Il repose sur une classe dirigeante en moyenne très âgée, qui correspond normalement à la propriété. Leonardo Del Vecchio, à 85 ans, est encore au contrôle de Luxottica. Malgré son style très exigeant, il se montre généreux envers ses salariés. En effet, lors de la crise du Covid, il a intégré le chômage partiel de tous ses salariés jusqu'au 100% en coupant le salaire des cadres dirigeants. Il a commencé par réduire le salaire de son DG de moitié (source : Il Corriere della Sera).

Ora et labora

Il faut dire que le travail occupe une place fondamentale dans la vie des Italiens. Cela s'explique par la méfiance envers un État qui ne s'occupe pas des citoyens en détresse, comme il a été expliqué. Une autre raison serait le poids de la religion catholique (ora et labora, prière et travail). Perdre son emploi est un scénario dramatique pour un Italien, non seulement pour la stabilité financière du foyer, mais aussi car cela est considéré comme "une honte". En Italie on registre un nombre inquiétant de suicides à cause du Covid, surtout de petits entrepreneurs qui n'ont pas pu subvenir à leurs besoins (source : Il Secolo d'Italia). Ainsi, il est peu probable qu'un salarié italien participe à une manifestation ou à une grève pour l'intérêt de la collectivité. Il privilégiera plutôt sa sécurité et celle de son foyer. De même, il ne risquera pas de froisser son chef, voire son employeur, qui lui garantissent cette stabilité.

L'individualisme en Italie de nos jours

Par ailleurs, ce fonctionnement permet plus de réactivité et de flexibilité, notamment face aux urgences et aux situations de crise. Ainsi, lorsque l'équilibre loyauté-protection est respecté, on a affaire à une équipe soudée et engagée dans le long terme. L'individualisme en Italie et la domination d'une classe dirigeante brillante mais vieillissante, posent des contraintes insurmontables pour atteindre la masse critique. Pourtant, celle-ci permettrait aux entreprises italiennes de se renforcer pour faire face aux géants de l'économie mondiale. Si vous voulez en savoir plus sur les spécificités du management italien comparé au management français, vous pouvez télécharger notre e-book : Manager en France et en Italie [1] La création du Royaume d’Italie date de 1861 mais l’Italie est depuis 1946 dans sa configuration actuelle [2] "Sur la faible identité nationale des Italiens" - Article de Mario Caciagli, professeur de Sciences Politiques à l’Université de Padoue.