Interview avec Cécile Lazartigues-Chartier : prendre en compte les codes culturels au sein d’une organisation

Le 6 juillet dernier, lors d’un CaféinLive, le conférencier Amokrane Mariche invite l’experte en interculturel spécialisée dans les relations franco-canadiennes, Cécile Lazartigues-Chartier. Le sujet du jour : Gérer les codes culturels au sein d’une organisation.

À la suite de ce CaféInLive, nous avons eu la chance de pouvoir échanger avec Cécile, via la plateforme Zoom. Cet échange nous a permis d’enrichir notre article.

Avant de nous en dire plus sur la gestion des codes interculturels dans le monde du travail, Cécile commence par nous offrir une brève analyse de ce qu’est la culture pour l’individu. Par culture, on sous-entend la culture propre à l’individu, mais aussi celle qui lui est étrangère.

Cécile nous dit que nous percevons l’autre, peu importe où l’on se trouve dans le monde, comme différent : il peut-être plus jeune, plus grand, plus riche, mieux éduqué, avoir une autre religion, parler une autre langue…

Pour analyser et appréhender une culture différente de la nôtre, nous nous référons automatiquement voire inconsciemment à notre propre culture. Les valeurs de l’individu constituent son « référentiel » culturel. Cécile nous dit qu’il est important de connaître ce référentiel ; si l’on est conscient de nos valeurs, de notre fonctionnement personnel, l’on sera d’autant plus conscient de l’autre, en étant empathique et à son écoute.

Cependant, Cécile nous indique par la suite que lorsque l’être humain analyse une situation ou une personne, il traite l’information en la catégorisant. En d’autres termes, pour penser, le cerveau généralise et catégorise : on parle de biais cognitifs. Lorsque l’individu rencontre quelqu’un appartenant à une autre culture, il lui colle une étiquette, sans même le connaitre ; on appelle cela un préjugé, soit une opinion que l’on se fait de l’autre qui est imposée par notre culture, mais bien souvent erronée. Cécile donne l’exemple de préjugés franco-québécois : les Québécois sont très chaleureux, respectueux et très ouverts. Or, comme l’on pourrait penser en France, leur accueil et leur sympathie n’impliquent pas forcément une relation à long terme mais seulement une forme de politesse, ce qui peut déstabiliser les Français rencontrant des Québécois.

Les préjugés empêchent toute démarche interculturelle. L’interculturel c’est certes s’ouvrir à l’autre, mais c’est également être capable de prendre du recul par rapport à nos propres convictions, valeurs (morales ou religieuses), dans le but de mieux comprendre l’autre.

Cécile nous dit qu’entrer dans une démarche interculturelle, ce n’est pas se détacher complètement de sa culture, ce n’est pas possible. Il faut au contraire questionner sa culture. Lors de notre échange, Cécile nous révèle que « l’interculturel, c’est nous obliger à vivre en conscience : il faut être conscient de son propre référentiel et celui de l’autre. »

Par ailleurs, il est normal qu’en se référant automatiquement à la culture et aux valeurs que l’on connait, la différence culturelle puisse nous déranger. Il peut parfois arriver d’être mal à l’aise, voire d’avoir une peur inconsciente car nous ne savons pas comment procéder face à l’inconnu.  Il faut accepter d’être gêné par des codes qui nous sont étrangers. Au-delà du jugement, il faut se demander : comment peut-on modeler cette différence ? Comment peut-on tirer profit de cette diversité culturelle ?

 

« Évoluer dans une équipe culturelle, c’est communiquer, témoigner de l’importance que l’on met à certains détails. C’est pour cela qu’il faut être conscient de nos principes culturels, exprimer nos inclinaisons personnelles. Il faut embrasser la différence de l’autre et faire des concessions. »

Afin de mieux appréhender la culture de l’autre dans le monde du travail, Cécile nous partage trois outils clés, qui sont :

  • S’ouvrir à la culture de l’autre :

Lorsque l’on est immergé dans une culture étrangère, il faut se plonger dans celle-ci. Comment ? En découvrant les us et coutumes de cette culture, à travers le cinéma, la cuisine, la langue, ou encore l’histoire, dans le but de mieux la comprendre et partager des valeurs communes avec les habitants. Une fois acquis, ce savoir culturel peut nous ouvrir des perspectives. Afin de bien s’acclimater, il est nécessaire de se bâtir un réseau local, ne pas rechercher en priorité à se faire des amis de la même nationalité.

 

  • Être modeste : Il est essentiel de faire preuve de respect envers la population locale : cela facilitera l’adaptation dans un nouveau milieu de vie.

Même s’il peut arriver de ne pas comprendre / adhérer à certaines valeurs, nous devons les accepter comme faisant partie des us et coutumes du pays d’accueil auxquels il faudra s’habituer. Il faut éviter tout processus de minimisation, qui consisterait à penser que la culture de l’autre est inférieure à sa propre culture.

 

  • Se former : Cécile nous dit que la formation interculturelle est un outil clé de la gestion des cultures au sein des organisations : « c’est primordial pour gagner du temps, de l’énergie, de la performance… et éviter les malentendus, les conflits. ». D’autant plus que toutes les entreprises sont concernées par l’interculturel, les PME comme les multinationales.
    D’autre part, quand l’on pense formation interculturelle, on se dit que c’est l’employé étranger qu’il faut former à la culture d’un pays et / ou d’une entreprise, mais il faut aussi former les employés déjà sur place !

Toutefois, selon Cécile, il est important de garder en tête que « l’interculturel, c’est quelque chose qui s’apprend tout au long de notre vie, chaque petit pas est un acquis. »

À ces trois outils offerts par Cécile, nous aimerions en rajouter deux autres :  

  • Prendre conscience de la culture et du style de management qui se rattachent à l’entreprise, afin de bien s’intégrer au reste de l’équipe. Plus précisément, par culture et style de management, nous sous-entendons les valeurs, les coutumes le rapport au temps et à la hiérarchie.
    Par exemple, au Canada, l’esprit de leadership est très présent. Il pousse les Canadiens à se lancer, à essayer et à entreprendre pour atteindre à objectif défini, quitte à faire des erreurs de parcours. « Être capable de capitaliser sur un échec, c’est être capable de mûrir. Au Canada, c’est comme cela que l’on devient un vrai entrepreneur. », ajoute Cécile. Au contraire, en France, il y a la peur de l’échec ; il faut à tout prix réussir, tout de suite.

     

  • Garder contact avec son pays d’origine: Les liens que l’on conserve avec le pays d’origine permettent de reprendre confiance en cas de mal du pays et d’atténuer le choc culturel lors du retour au pays d’origine. De plus, « attention à ne pas oublier l’expérience de l’expatriation », soit l’enrichissement culturel dont on a bénéficié, lors du retour au pays d’origine, ajoute Cécile.

À tous ceux qui ont ou qui vont goûter à l’interculturel, et plus précisément dans un contexte franco-canadien, Cécile conseille fortement deux livres :

  • Le Code Québec, Jean-Marc Léger, Pierre Duhamel et Jacques Nantel - Editions de l’Homme.
    Ce livre dresse le portrait de la population québécoise, en comparaison avec la population canadienne dans sa globalité.
  • Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo, Dany Laferrière – Edition Mémoire D’encrier
    Dans ce livre, l’auteur, immigré haïtien au Canada, repasse le fil de sa vie et son intégration au Québec et offre une belle analyse de la culture québécoise ainsi qu'une nouvelle façon d’aborder les thématiques interculturelles !

Retrouvez la totalité de l'interview CaféInLive de Cécile avec Amokrane Mariche sur  Linkedin.

Pour en savoir plus, rendez-vous également sur le site de Cécile, ou bien allez écouter ses  chroniques interculturelles !

 

Clémence François

Responsable Communication AI°FI

Clémence François AI°FI