France et Italie : comprendre les différences managériales avec Gerardo Redaelli

Quelles sont les principales différences managériales entre les Français et les Italiens ? Gerardo Redaelli, fondateur du cabinet Exelysio, nous aide à identifier et comprendre ces différences qui, pour la plupart, sont enracinées dans l’Histoire.

 

Gerardo Redaelli, Consultant RH, management interculturel, Exelysio, France, ItalieBiculturel franco-italien, Gerardo Redaelli est consultant RH et coach professionnel. Il vit en France depuis 2009, avec plus de 25 ans d’expérience en entreprise entre la France et l’Italie.Gerardo est expert dans les Ressources Humaines. Il excelle aussi dans le développement des talents au sein de groupes internationaux dans des environnements complexes en évolution constante. Il est attentif à nouer des relations basées sur l’authenticité et la confiance. C’est pourquoi, en 2017 il décide de se former au coaching pour se consacrer à part entière à l’accompagnement humain.
Animé par la volonté de relier des mondes qu'à priori tout oppose, comme deux cultures différentes ou comme l'univers du “Business” et celui de l'“Humain” si souvent dissociés, en 2020 il crée le cabinet Exelysio dont la mission est d’accompagner les organisations et les managers dans leur chemin de transformation et de changement pour atteindre le niveau d’excellence qu’ils visent.

Interview

Il y a quelques semaines nous avons eu le plaisir de faire la connaissance de Gerardo. L'idée nous est venue de réaliser ensemble cette interview autour des principales différences managériales entre les Français et les Italiens.

Gerardo Redaelli identifie deux thématiques qui distinguent à son avis le management français des méthodes de management italien :

  • le rapport au temps
  • l'individualisme

Il nous partage ensuite quels sont les avantages de travailler avec des Italiens et avec des Français, sur la base de sa longue expérience en tant que RH et manager en entreprise. Pour finir, Gerardo donne quelques conseils à des Italiens qui s’apprêtent à s’installer en France, et à des Français qui comptent travailler et vivre en Italie.

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Vous pouvez lire l'article en italien ou en anglais sur le site Exelysio.

 

Les différences managériales entre les Français et les Italiens

Le rapport au temps

Les Français et les Italiens ont une notion très différente du temps. Cela influe sur leur manière de travailler et de fonctionner en entreprise. On peut illustrer cela avec deux proverbes.

Les Italiens travaillent avec le proverbe suivant :

« C’è sempre un santo da qualche parte »

(il y a toujours un saint quelque part qui nous aide face à l’inconnu)

Autrement dit, il y aura toujours assez de temps pour finir ce qui doit être fait en temps et en heure. Les Italiens se concentrent sur le court terme. Ils ne sont pas déstabilisés lorsqu’il faut travailler dans l’urgence et lorsque les délais sont courts. Au contraire, idée d’urgence et d’empressement les poussent à être beaucoup plus efficaces et créatifs.

C’est tout l’inverse du Français qui, en entreprise, fonctionne selon le dicton suivant :

« La préparation est la clé du succès »

En France, on part du principe suivant : si tout a été anticipé et préparé bien à l’avance, alors il n’y a pas de raison pour que le projet échoue. Alors, si un imprévu vient perturber le projet, l’employé français pensera ne pas avoir suffisamment anticipé. Devoir travailler organiser un projet en peu de temps peut être une source de stress en France. Tout repose sur l’anticipation, et tout est envisagé dans le long terme.

Les Italiens sont donc plus créatifs face aux imprévus et à l’inconnu ; tandis que les Français ont tendance à se sentir pris de court une fois confrontés à des deadlines imminentes.

L'individualisme

Gerardo remarque également que les deux pays ont un rapport différent avec l’individualisme. En effet, les entrepreneurs français peuvent compter sur les aides de l’Etat, qui encourage l’entrepreneuriat.

C’est tout le contraire en Italie. Là-bas, l’Etat n’est pas supposé aider les entreprises, et les entrepreneurs ne s’attendent pas à ce que l’Etat les aide. Tout se résume dans le proverbe italien « Chi fa da sé fa per tre » soit « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Voici un article pour en savoir plus sur les racines l’individualisme italien.

 

Différences managériales entre Français et Italiens : l'avantage de travailler avec des Français

En partant de sa propre expérience, Gerardo nous fait part des avantages à travailler avec des Français, sans vouloir tomber dans les clichés.

Il salue leur remarquable sens de l’organisation, leur raisonnement cartésien très structuré, et leur manière d’anticiper. D'après Gerardo, les Français ont une manie de tout programmer et tout préparer sur le long terme, ce qui est plutôt appréciable.

Différences managériales entre Français et Italiens : les avantages de travailler avec des Italiens

En ce qui concerne les Italiens, Gerardo salue leur capacité à innover, créer, et à s’adapter et gérer les situations imprévues. Ils apprennent à gérer les imprévus depuis leur enfance, ce qui est une qualité importante. Cette qualité se traduit par la capacité d’innover, de faire de la recherche, et même, par une passion pour la beauté. C’est pourquoi, remarque Gerardo, il y a beaucoup de designers et architectes en Italie.

Un conseil pour un Italien qui va vivre et travailler en France

Gerardo conseille à un Italien qui rencontre un Français pour la première fois de ne pas se fier à ses premières impressions. Un Italien sera étonné par le ton et la voix que le Français utilise. Tout portera à croire que le Français est en colère alors que non, « pas du tout » affirme Gerardo.  
Il y a sans doute, derrière tout cela, une explication qui repose sur des différences linguistiques. En effet, l’italien est une langue de voyelles, tandis que le français est une langue de consonnes. Le français paraît donc plus dur à entendre d’une oreille qui n’est pas habituée au français.

Ajoutons à cela la fréquence sonore plus basse de la langue française, et tout porte à croire que le Français est arrogant dans sa manière de s’exprimer, alors que ce n’est pas son intention.
C’est pourquoi, Gerardo conseille de ne pas s’arrêter aux premières impressions.

Un conseil pour un Français qui va vivre et travailler en Italie

Tout d’abord, il ne faut pas se décourager face à la complexité de la bureaucratie italienne, surtout en matière d’administration. Il faudrait plutôt s’appuyer sur son réseau italien qui pourrait apporter de l’aide.
Ensuite, il faut faire attention à sa manière de se positionner face à ses interlocuteurs italiens, au risque de passer pour un donneur de leçon. En d’autres termes, un Français qui travaille en Italie devrait faire attention à son comportement, et être bien précis dans ses propos pour éviter de paraître arrogant face aux Italiens, alors que ce n’est pas son intention.

Enfin, Gerardo conseille de prendre du temps dans l’établissement de la relation professionnelle et l’instauration de la confiance, sans aller à l’essentiel trop vite. Il faut prendre le temps qu’il faut. Une bonne relation professionnelle prend du temps à construire, et elle prime parfois sur les projets et le travail en lui-même.

En Italie, il y a beaucoup d’artisans et PME . La culture d’entreprise est donc plus paternaliste qu’en France, et tout semble reposer sur le contact humain. Cela explique pourquoi la relation professionnelle prime sur les contrats. La confiance doit-être solidement instaurée, et elle doit aller au-delà d’un simple contrat formalisé sur papier.

 

Marion RAJAOBA

Etudiante à l'ISIT, grande école de management & communication interculturels.

Après deux ans de prépa littéraire, j'ai intégré l'ISIT pour me spécialiser en communication digitale et interculturelle.

Aujourd'hui, je suis en 1ère année de master en communication et traduction. Etant membre consultant à la Junior-entreprise de mon école, je travaille avec AI°FI dans la révision et la rédaction d'articles.