Les métaphores imagées associées à l’interculturel : les différences visibles et invisibles

Plusieurs représentations métaphoriques ont été créées et sont aujourd’hui utilisées pour imager l’existence, dans le cadre des relations interculturelles, d’une partie visible et d'une partie submergée, ce qu'on appelle les diversités visibles et les différences invisibles.

Les manifestations des différences culturelles :

Dans la relation avec d’autres cultures, il y a en effet 2 types de différences à prendre en compte, qu’on appelle manifestations des différences culturelles :

  • Les comportements observables : ce sont les différences visibles ou de surface, qui ne touchent pas à nos valeurs et moteurs fondamentaux (par exemple, dans le modèle de E.T.Hall : le rapport au temps, à l'espace ou au contexte). Il s’agit de la manière de communiquer, de la frontière entre la vie privée et professionnelle, de la manifestation des émotions et de la façon de gérer les conflits. Les réactions face à ces comportements peuvent être positives ou négatives mais, en général, la tolérance et l'adaptation s'installent rapidement sans poser de réels problèmes de collaboration.
  • les différences invisibles ne sont pas explicites, nous n'en avons pas conscience : ici la culture est un ensemble de références, une grille de lecture, voire une paire de lunettes qui nous amène à interpréter les monde, qui donne du sens. C'est un système de sens qui ne se traduit pas forcément en comportement. On appelle cela des conceptions culturelles : derrière les comportements observables et les différences de surface se cachent les différences de représentation, comme la manière légitime de gérer l’autorité et de traiter les collaborateurs. Il est plus difficile de renoncer ou de faire des compromis sur ce terrain. C'est autour de ces conceptions culturelles que des malentendus plus ou moins importants se forment et risquent de polluer la relation. Dans le cadre de mon expérience, notamment sur l'axe France Italie, j'ai désormais identifié les zones grises les plus communes qui peuvent poser problème. Ma modeste suggestion est d'adopter un style de communication le plus explicite possible, sans jamais rien prendre pour acquis, mais en expliquant le pourquoi de tout, en donnant le contexte, les indications les plus claires possibles, sachant qu’elles peuvent toujours être interprétées de façon différente en fonction du cadre de référence, que nous ne voyons pas. Des phrases comme « qu'est-ce que tu veux dire par là » où « qu'est-ce que tu mets derrière le mot … » peuvent nous sauver dans beaucoup de situations.

Les métaphores imagées des différences culturelles :

On utilise souvent l'image de l'iceberg (E.T.Hall), avec sa partie émergée qui représente les diversités visibles, c’est-à-dire tout ce qui est explicite et perceptible (comportements, langue, vêtements, nourriture, musique, moyens de transport, architecture...), puis sa partie immergée qui cache les représentations culturelles, c’est-à-dire tout ce qui est implicite et caché (points de vue, attentes, religion, croyances et rituels, valeurs et principes), mais sur quoi se fonde notre façon d’observer et de juger la partie émergée des autres.

différences interculturelles

Je trouve cette représentation efficace mais statique : il n’y a aucune notion de cause à effet qui lie la partie émergée à la partie immergée, ni aucune notion d'évolution. Pire encore, un iceberg est constitué de glace, matière froide et non vivante, et il est normalement destiné à fondre au soleil.

Fons Trompenaars (parmi d'autres) propose l’oignon, qui se révèle au fur et à mesure qu’on le pèle, tout comme notre personnalité, qui va des aspects les plus visibles au noyau le plus caché.

différences interculturelles

Je trouve cette représentation un peu limitée car elle exploite une seule dimension, c’est-à-dire la visibilité, mais elle (non plus) ne considère aucune notion d'évolution, si ce n'est qu'un oignon est destiné à périmer très vite 🙂

Personnellement j’utilise l’arbre (Ch. Eberhard), qui plonge ses racines (représentations, points de vue, attentes, religion, croyances et rituels, valeurs et principes) dans la terre, se soutient grâce à son tronc (structure familiale, sociale, éducative, juridique, politique, économique…) et se développe à travers ses branches et ses feuilles (habitudes, comportements et toute autre manifestation culturelle visible). Je préfère cette représentation, car elle prend en compte une notion de construction dans le temps : l'arbre est vivant et peut se développer bien ou mal (jusqu’à mourir) en fonction d’éléments exogènes (aussi), comme les éléments atmosphériques. Je trouve pourtant que les facteurs attribués au tronc (le contexte) devraient être représentés plutôt par la terre, qui joue un grand rôle dans le développement (ou pas) de l’arbre.

différences interculturelles

Mais ma représentation préférée est l’image conçue pour le livre « L’intelligence interculturelle », de M. Sauquet et M. Vielajus (que je vous conseille vivement), réalisée par Patrice Rambaud, que je trouve particulièrement efficace. Je suis en effet persuadée que l’histoire et la géographie jouent un rôle majeur dans l’interculturalité. Elles représentent la « terre » dans laquelle chaque culture est née et évolue dans le temps, avec ses spécificités liées à sa position dans le monde (île, continent, terre de frontière…), à son climat, qui influence directement la typologie d’économie qui s’y développe (agriculture, élevage, pêche ou encore moyens de transport...) et probablement la typologie de religion.

différences interculturelles

Et vous, laquelle préférez-vous ?